Après le Monstre du Loch Crès, la secte des Pilié d’Bar et Ici et Ailleurs, Rian Liber vous propose une quatrième nouvelle. 

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Reprenons les choses sérieuses.

Ou pas, à toi de décider cher lecteur/lectrice du pourcentage de sérieux ou d’humour de ce recueil.

Quoi qu’il en soit, je dois prévenir les âmes sensibles d’éviter de lire les prochaines lignes car elles révéleront l’une des histoires les plus sordides et les plus horribles hantant les murs de la ville de Montpellier.

Un irritant gratouillis

 

Au gré de tes pérégrinations, notamment dans les rues étroites de l’Écusson, tu ne peux avoir manqué d’apercevoir les morceaux de vélos encastrés dans certains murs. Ou alors tu es aveugle, en ce cas je ne peux rien pour toi à part m’excuser platement d’avoir sadiquement transcrit ce livre en braille.

Tu as probablement ressenti des sensations comme la surprise, l’étonnement, voir l’amusement lors de cette découverte. Peut-être t’es tu demandé qui avait bien pu créer ces installations, dégainant alors, comble de l’extraordinaire, ton iphone pour te débarrasser complètement de ce léger chatouillis mental qu’est ta curiosité d’un bon grattage de derrière les fagots, avant de te remettre à ta discussion tinder-ienne hautement intellectuelle.

Grand fou / Grande folle va ! [rayez la mention inutile]

Tu tomberas sur des articles dévoilant l’identité d’un certain Mr BMX qui aurait eu l’idée d’imprégner la ville de son blaze en plaçant ces deux-roues un peu partout. Tu apprendras aussi qu’il a imprégné de sa signature d’autres lieux comme Paris, Bruxelles et New York.

Bon, passe encore pour ces dernières, mais pour Montpellier, je dis « que nenni ! ».

Il faut remonter à la Seconde Guerre mondiale pour connaître la vérité.

Back to the Passé !

 

Dès 1942, certains généraux et scientifiques nazis(1) avaient déjà compris que le Reich ne tiendrait pas le coup face à l’ouverture de trop nombreux fronts. Le manque d’hommes et de matériel était inévitable et les mènerait à coup sûr à la défaite. Pour y remédier, ils eurent l’idée de créer de nouveaux alliés afin de défendre l’espace vital allemand : les murs.

Chaque bâtiment deviendrait un potentiel combattant du Reich. Dans ce but, il fallait les activer et les rendre agressifs envers tous les soldats ennemis.

La tâche fut longue pour créer un sérum capable d’animer les murs des villes, de les rendre aptes à la défense de la future Germania et de son empire. Les premiers tests furent effectués durant l’hiver 1943-44, ici, à Montpellier, lieu stratégique pour les premières utilisations du sérum WV-42(2). Malheureusement, pour eux, les essais ne furent pas concluants et nous connaissons la suite de l’histoire. En tout cas moi oui, si tu ne la connais pas, va te renseigner ailleurs, c’est un livre sérieux que tu tiens en main, pas le temps d’expliquer des détails futiles. Voyons. Un peu de bon sens.

Le temps passa, les documents relatifs aux recherches furent perdus ou brûlés, les personnes ayant travaillé sur le projet ont disparu, se sont enfuis, ou sont morts. Le secret s’est évaporé mais le sérum, quant à lui, s’est dispersé, peu à peu, de bâtiments en immeubles, d’immeubles en maisons en passant par les ponts et l’ancienne enceinte de la ville, à travers tout le réseau urbain montpelliérain, se développant jusqu’à arriver à maturité au bout de plusieurs générations.

It’s alive ! It’s alive !!

 

Endormi pendant près de 40 ans, le sérum s’éveilla dans les années 1980 avec l’arrivée des premiers accros au backflip et method air sur vélos, skates ou rollers. N’ayant aucun terrain de jeux à leur disposition, ces riders des premiers temps usaient leurs roues sur les routes et murs de la ville. Chaque agression était une pointe de douleur qui se propageait dans tout le système nerveux créé par le sérum. La création du skatepark de Grammont ne diminua en rien l’attrait des riders pour les murs de la ville : le mal était fait, l’éveil, inévitable.

Un beau jour – ou moche, j’en sais rien, y a pas écrit météo, enfin maintenant si… Roh zut ! – lors d’une session de wall-riding en BMX, l’un de ces aficionados, en plein milieu de sa performance, fut gobé par le mur. Genouillères, vêtements, vélo, casque et poils sur le torse, tout y passa.

Ce fut rapide et sans éclaboussures. Après quelques secondes, la bande de riders, perplexe, sous le choc, fut prise de panique et prit ses jambes à son cou en voyant la moitié du vélo de leur ami ressortir du mur, à quelques mètres au-dessus du lieu du drame.

Des événements du même genre eurent lieu dans les jours suivants. Skaters, rollers, BMX, tous en furent victimes. Étrangement, seuls les BMX étaient et restent exposés – à part certaines exceptions que j’appelle « dommages collatéraux », lorsque tu les auras trouvés tu comprendras. Problème de digestion ? Trophées ? Quoi qu’il en soit, une guerre terrible éclata entre les riders et les murs de la ville. Il y eut de nombreuses pertes des deux côtés, les riders taguant, vandalisant les murs pour venger chacun de leurs disparus.

Ça roule pour moi

 

Un (autre) beau jour – 85% de taux d’ensoleillement, 28°C à l’ombre, 5% de taux d’humidité dans l’air, bières fraîches au frigo… Quoi ? C’est pas un critère ? – un certain Hervé en eut assez de cet affrontement. Il exhorta les riders à cesser cette folie, mais pour y arriver, il dût réfléchir à un moyen pour ces derniers d’épancher leurs pulsions de sensations fortes ainsi que la spirale infernale de violence. C’est ainsi qu’après de longues concertations et d’intenses réflexions, et grâce au sacrifice rituel de nombreuses cafetières, le FISE(3) fut créé, mettant fin à une longue guerre, sauvant de nombreux sportifs de l’extrême.

Depuis, le FISE est devenu un événement jouissant d’une immense popularité ; même les murs de la ville l’acceptent. Certains exhibent encore leurs trophées morbides, symboles d’un vieil affrontement, que la mairie laisse en place pour rappeler à tous cette période tragique de la ville.

 

Rendez vous la semaine prochaine pour de nouvelles aventures !

 


🖊 Auteur : Rian Liber 

Hé psst ! Le 12 décembre prochain l’auteur sera au Gazette Café pour lire deux de ses nouvelles (le Monstre du Loch Crès et la Secte des Pilié ‘d’Bar) et juste après y’a un concert solo avec un mec bien déjanté au piano. Vas y si le coeur t’en dit 🙂

🖌 Illustration : Jeff Delrieu ( ✉ lahyeneart@gmail.com )


(1) Point Godwin, BOOM BABY !
(2) Wände des Volks. Les « murs du peuple ».
(3) Festival International des Saltimbanques Édulcorés. C’est pas ça ?