La plupart du temps quand on publie un billet d’un auteur invité, il s’agit d’un test de resto, de bar, ou quelque chose de ce genre … Mais là, et pour la première fois de l’histoire de CityCrunch, on nous a carrément envoyé une nouvelle ! Dites bonjour à Rian Liber (« bonjour Riaaaan ») qui va faire travailler votre imagination.

Préambule

Oh salut toi ! Je ne t’avais pas vu(e). Moi c’est Rian Liber, ravi de te voir ici, qui que tu sois, et quelles que soient tes origines et les raisons qui t’ont poussé à cliquer sur cet article.

Quoi qu’il en soit, te voilà devant ton écran, face à ces lignes, attendant patiemment que j’en vienne au fait. N’attends plus, le voici : durant les prochaines semaines, tu découvriras sur ce site de courtes histoires farfelues de mon cru, au rythme d’une par semaine, prenant place dans la capitale du Languedoc-Roussillon et ses environs immédiats : Montpellier.

Par le biais de mes écrits je veux te parler des tours que ton imagination est capable de te jouer lorsque tu te retrouves au milieu d’un lac aux profondeurs obscures, ou face à un vélo à moitié encastré dans un mur à 3 mètres de hauteur…. Je parle de cette imagination qui cherche des explications à l’insolite.  En ce sens, quoi de mieux que le décor urbain pour la laisser libre de s’épanouir au gré du street-art, de l’architecture, de la configuration même des rues ?

Ces histoires sont donc le fruit des élucubrations de mon esprit. J’espère qu’elles te plairont, voire qu’elles te pousseront à arpenter Montpellier à la recherche des lieux décrits ou encore à en découvrir par toi-même. Et qui sait si ces histoires cachent une part de vérité…

Bonne lecture ! 

Tout commence à la lisière de la ville

Notre visite fantastique de Montpellier commence à sa lisière.

Accessible aisément grâce au tramway flower power1, en voiture, en vélo ou plus difficilement en rampant avec les oreilles, le lac du Crès est un endroit agréable pour toute personne cherchant un lieu de baignade rapide d’accès, ou un peu de calme hors des affres de la ville.

Ce lac était anciennement une carrière qui fut rapidement abandonnée car elle ne contenait que peu de ressources extractibles. La commune décida par la suite de convertir le lieu en lac afin de satisfaire les besoins de villégiature de la populace environnante, permettant ainsi au maire d’être réélu tout en faisant oublier le scandale des parapluies en poil de bébé morue.

Nous pourrions arrêter là et profiter sereinement de cet endroit, jouir de la douceur de l’eau et du confort de la plage faite de pelouse. Rester dans l’ignorance, rester heureux.

Bonne blague ! Du moins, bonne blague pour moi. Je trouvais cela bien léger comme histoire, bien trop facile et tellement commode. Je n’étais pas satisfait.

À toi, lecteur ou lectrice, de décider maintenant si tu es prêt(e) à connaître la véritable raison de l’immersion de la carrière. Car la vérité est bien plus incroyable que tu ne pourrais l’imaginer…

Quand la carrière a un secret

En effet, la carrière cache plusieurs secrets que je vais révéler dans les prochaines lignes.

En premier lieu, la ressource extraite du sol n’était rien moins que de la craie d’une qualité exceptionnelle, à tel point que son utilisation s’est très vite répandue dans les écoles du Crès : jalousement gardée par la municipalité, elle attisait la convoitise et l’avidité des établissements scolaires voisins, notamment montpelliérains. Il est vrai que cette ressource était limitée, d’où la possessivité des autorités locales ; cependant, selon les rapports des ingénieurs du site, la craie avait encore de beaux jours devant elle.

C’est ce qu’ils découvrirent en creusant toujours plus profondément qui stoppa leur entreprise. Car, au plus profond du trou, les pelleteuses mirent au jour un monstre que la terre gardait en ses entrailles depuis des temps immémoriaux.

Ce jour-là, les ouvriers butèrent sur une matière qu’ils n’arrivaient pas à détruire. En quelques coups de pioche et de pelle, ils dégagèrent la terre autour de ce qui semblait être un cône retourné, fait d’une matière extrêmement solide, et pourtant visqueuse et étrangement molle.

Après quelques efforts supplémentaires et un nettoyage de ce cône, ils comprirent que ce dernier s’enfonçait très profondément dans le sol et qu’il leur faudrait plusieurs jours avant d’en révéler la totalité. Des chercheurs furent dépêchés dans le plus grand secret afin de l’analyser.

Armés de leurs outils scientifiques bipants et vibrants, ils s’attelèrent à cette tâche hasardeuse. Le résultat ne se fit pas attendre : en quelques minutes à peine, l’incroyable objet avait révélé sa vraie nature. C’était un œuf. Un œuf immense, s’enfonçant à plus de 25 mètres sous eux. Plus invraisemblable encore : ce qui se cachait sous la coque protectrice était encore vivant, dormant depuis des millénaires, venant d’un âge où des bêtes titanesques régnaient en dieux sur la planète. Ce monstre attendait son heure, que quelque chose ou quelqu’un le découvre.

La panique s’installa chez les scientifiques, d’autant plus que la créature, dérangée par l’activité humaine, s’éveillait peu à peu de son long sommeil. Il fallait prendre des mesures, et rapidement.

Incapables de percer la coque, les chercheurs ne pouvaient pas tuer l’être durant son incubation ; or il était bien trop risqué d’attendre qu’il sorte de son cocon.

Les chercheurs planchèrent plusieurs jours durant, désespérant de trouver une solution adéquate sans éveiller les soupçons des hautes instances gouvernementales ni créer la panique chez la population locale.

Très rapidement, ils comprirent que l’enterrer à nouveau était trop dangereux. Rien ne certifiait que la bête se rendormirait à défaut de moyen de se dégager du sous-sol ; d’ailleurs ils n’avaient pas le temps de combler la fosse en évitant les questions et les fouilles intempestives par la suite.

Après de longues discussions, une idée fit l’unanimité : inonder toute la zone. L’eau empêcherait, grâce à la pression exercée, la chose de percer sa coque ; de plus, après quelques expériences, les résultats prouvèrent que la coquille réagissait mal au contact de l’eau, se rétractant sur elle-même comme par réflexe défensif.

Aussitôt dit, aussitôt fait, la carrière fut noyée, le terrain aménagé et la fin des travaux célébrée en grande pompe.

Seulement, cher lecteur ou chère lectrice, tu te dis sûrement que rien n’empêche réellement le monstre de trouver lui aussi une solution à cet obstacle. Le fait est que les scientifiques y ont aussi pensé lors des jours précédant la création du lac. La solution est venue d’elle-même.

Une nuit, lors de son tour de garde, un des scientifiques, accablé par la pression du moment et par l’ennui, avait oublié d’éteindre son portable. Très tôt le lendemain matin, alors que la nuit laissait place au jour, sa femme lui envoya un sms afin de prendre de ses nouvelles, comme à son habitude. Le portable sonna puissamment dans l’habitacle d’observation, réveillant notre veilleur qui, surpris, put observer la coquille se contracter fortement.

L’étonnement fit rapidement place à l’analyse révélant que le monstre réagissait très négativement au cri du canard, celui-là même utilisé comme sonnerie par notre homme.

De ce fait, des canards furent implantés au lac du Crès afin de monter la garde pour prévenir une éventuelle sortie du monstre et il est dit que tant qu’ils patrouilleront autour du lac, notre civilisation sera à l’abri de la créature.

À la semaine prochaine pour une nouvelle histoire loufoque ! 

 


🖊 Textes par Rian Liber

🖌 Illustrations par Alexandre Boudry