Comme chaque semaine, Rian Liber vous propose une nouvelle histoire loufoque sur la ville de Montpellier. Cette fois il est question de rastafari, de spirale et de marijuana … psst ! Ses autres histoires c’est par là

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Is this love

 

Besoin de détente ? De lâcher prise ? Time to get schwifty(1) ? Alors c’est le moment de t’installer confortablement, de t’avachir comme une larve que ce soit dans un canapé ou à l’ombre d’un arbre. Étale ta masse sur l’herbe, deviens la pelouse, fusionne avec la terre, incarne la procrastination – tes soucis peuvent bien attendre demain – et, plus important que tout, écoute cette histoire avec les yeux.

Roots, Rock, Reggae

 

Nous sommes dans les années 1950. Depuis peu, une petite communauté de rastafaris s’est installée en bordure de la ville. Comment sont-ils arrivés là ? Bonne question, à laquelle je ne peux malheureusement pas répondre précisément.

Un pèlerinage raté, une quête en cours dans le sud de France, un road trip les ayant menés dans les parages, ou bien ils en ont trop pris (gros !)… Toutes les spéculations sont possibles.

Quoi qu’il en soit, ces individus, au demeurant étranges pour le lieu et l’époque, sont bel et bien présents sur les terres montpelliéraines, à quelques pas vers l’Est de l’actuel domaine Bonnier de la Mosson. Leur vie est paisible et douce malgré la précarité de leurs habitations et les rudes mois d’hiver – comparativement à leur hiver, en Jamaïque, qui n’existe pas.

Leur présence ne dérange personne encore même si elle est des plus saugrenues. En effet, au centre de leur village trône une construction des plus inhabituelles.

Mesurant bien trois mètres de haut, en forme de spirale tendue vers le ciel, peint de couleurs chatoyantes, conçu avec un ingénieux système hydraulique, cet objet insolite n’a pas été placé là par hasard…

Avant tout, il faut préciser ici que ces rastafaris étaient d’un genre particulier, puisque sensibles aux énergies telluriques circulant à travers la planète. Le peu d’informations que j’ai pu glaner m’a révélé qu’ils furent, comme la mouche par le miel, attirés par les good vibes affluant précisément à cet endroit. Elles les stoppèrent dans leur voyage, si tant est que ce dernier avait eu un autre but, et les poussèrent à s’installer ici.

Positive Vibration

 

Mais pourquoi ? Qu’ont ils construit ? Quelle est cette cocasserie? Marignan 1515 ? En effet, je suis d’accord, le suspense, ça suffit. Il est des moments dans la vie où il faut savoir. Même si ça fait mal.

Le mystère trônant au centre du village était un bang.

Il était situé exactement sur ce nœud tellurique et permettait à ses utilisateurs, lors d’une inhalation, d’envoyer leur âme directement dans les bras de Jah, sans passer par la case départ, ne touchez pas 20 000 Frs.

Oups, je m’emporte.

Cet événement stratosphérique se déroulait chaque année après la récolte d’été de marijuana que cultivait la communauté (100% bio, man !). La puissance de ce bang, rendue possible grâce aux vibes de Gaïa, en faisait un objet mystique, vecteur de leur adoration envers Jah.

Babylon System

 

Néanmoins, une époque pleine de joie et de défonce ne peut durer éternellement. À peine dix ans après l’installation du village rastafari, les autorités de la ville de Montpellier découvrirent le site, évacuèrent la zone, détruisirent les habitations de nos dreadeux ainsi que leur bang afin de lancer la construction du quartier de la Paillade.

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Les rastas, désœuvrés, chassés de leurs maisons, virent l’érection des tours de béton là où la garrigue régnait. Ils pleurèrent des jours durant en voyant leur existence réduite à néant par l’implacable Babylon, leur village bientôt remplacé par une rocade reliant la N109 et la D65.

Pourtant, et malgré les énormes changements apportés par le progrès civilisationnel, le point d’énergie tellurique n’en fut pas affecté et continua à répandre ses énergies alentour.

Stand Up Jamrock !

 

Coïncidence ? Bonne fortune ? Nul ne le saura. Notons cependant que ces rastafaris ne sont pas partis pour autant. Et une nuit, vers la fin de l’été, quelques années après la construction de la rocade, tous ceux qui étaient encore vivants se rassemblèrent ; certains s’étaient même intégrés à la société, mais aucun n’avait oublié ses roots. Lors de cette nuit fatidique, ils érigèrent un monument en souvenir de leur bang et de cette époque bénie pleine d’insouciance et de collages trois-feuilles.

Le monument trône toujours à cette jonction. Il ne brille pas par sa beauté ni par son ingéniosité mais signifie beaucoup pour une poignée d’hommes fidèles à Jah.

Alors lorsque tu t’aventureras sur cette fameuse rocade et que tu apercevras cette étrange spirale, aie une petite pensée pour ces rastas ayant tout perdu à part leur foi en Hailé Sélassié.

Et n’oublie pas de faire tourner.

One Love !


Auteur : Rian Liber 

Hé psst ! Le 12 décembre prochain l’auteur sera au Gazette Café pour lire deux de ses nouvelles (le Monstre du Loch Crès et la Secte des Pilié ‘d’Bar) et juste après y’a un concert solo avec un mec bien déjanté au piano. Vas y si le coeur t’en dit

Illustration : Julie Soulès


(1)Morty, *burp*, you got to come on… you got to come with me .