Avec la sobriété coutumière et l’absence de chauvinisme qui sied à la communication montpelliéraine, les Beach Masters sont présentés comme un événement majeur en Europe avec les meilleurs joueurs et joueuses de la galaxie. Ma nature foncièrement candide et l’absence totale de projet en ce magnifique dimanche de Juin me poussa à m’y rendre.

Du béton au marécage sans passer par la plage

Pour le cru 2012, les Beach Masters quittent la place de la Comédie pour le bassin Jacques Cœur de Port Marianne, snobant allègrement les plages paradisiaques aux eaux cristallines qui forgent depuis des siècles la réputation de Palavas les Flots, loin devant les rivages surfaits des Seychelles ou des Caraïbes.

Le bassin Jacques Cœur est parfois présenté comme le petit coin de Floride de Montpellier. Mais quelques colverts faméliques en guise de lamantins ventrus pourchassant d’épouvantables crapauds pustuleux en lieu et place d’alligators féroces ne suffisent pas pour recréer les Everglades.

C’est vrai qu’après la saison des pluies (les 4 jours du Fise), la nuée de moustique tigre qui s’abat sur le bassin renforce l’illusion floridienne. Point positif, en propageant une épidémie de dengue hémorragique fatale pour nos aînés les plus grisonnants, elle contribue naturellement à l’image « forever young » de notre magnifique capitale régionale.

Volley et Barley n’ont jamais fait bon ménage…

Ma relation avec le volley fut souvent contrariée. Dans mon lycée, les sports de balle étaient à l’honneur, les sports d’équipe vénérés, le volley adulé. Je n’aime aucun des trois (sauf à considérer le baby-foot et le flipper comme des sports de balle).

Dès que j’ai un ballon dans les mains, je cours dans tous les sens comme un canard sans tête, puis je le jette brutalement avant de me rouler en boule pour qu’on me laisse tranquille. Ce comportement pour le moins déroutant me classa d’office dans la catégorie « junk player », condamné à chauffer le banc de touche les jours de match en mirant les smashs surpuissants des bondissants « Triple A ».

Souffrance et plaisir des yeux

J’arrive sur place et constate que du sable blanc a été répandu sur tout le site. La réverbération est implacable. Sans lunettes de soleil, la canne blanche s’imposera si je reste trop longtemps. Les paupières mi-closes, je suis difficilement la finale dame France / Norvège.

Bien sûr, la gente féminine est la seule à suivre le ballon des yeux. Les mâles au regard lubrique sont hypnotisés par le minuscule bout d’étoffe qui sert de maillot aux volleyeuses. Je songe qu’il pourrait être plus court sans outrepasser les bornes de la décence (un string tricolore pour les françaises ?).

Malaise vagal et lutte des classes

Mais la chaleur est accablante et ce petit coin de Floride montpelliérain vire rapidement au « furnace creek » du désert de la mort californien. Depuis les sièges en PVC étrangement souples (on approche du point de fusion) des gradins publics je vois les VIP protégés par de larges parasols. Sourire narquois aux lèvres, les Puissants nous toisent avec suffisance pendant que nous nous desséchons.

Pour éviter toute momification prématurée un animateur a l’idée saugrenue d’asperger les gradins avec un puissant jet d’eau. Cruel dilemme ! Vais-je finir grillé comme une merguez du Maghreb ou trempé jusqu’aux os par ce grotesque brumisateur humain ! Résolu à sauver ma peau, je fuis ventre à terre sous les quolibets des Sommités abritées.

  Suggestion 2013 : les Beach Masters sur…la plage !