Les plages publiques : morosité sans rosé frais…

Mes sorties plages furent longtemps d’une consternante banalité. Un plouf, une sieste, une partie de raquette. J’ignorais jusqu’à l’existence de l’offre pléthorique des plages privées qui pullulent sur tout le littoral.

Je n’en souffrais pas outre mesure jusqu’à ce qu’une discussion avec de fervents adeptes des paillotes payantes me fit brutalement réaliser l’affligeante vacuité de mes loisirs estivaux. Intensément frustré, je décidais illico de les accompagner pour une journée au « Tropical FullSun Paradise » qui ambitionne d’être la quintessence chic et glamour du genre.

Les plages privées : courtoisie et pétales de rose…

Arrivé sur le parking (privé), nous laissons notre Hummer jaune canari au voiturier. Un bellâtre gominé (un pot de gel par crâne) au sourire obséquieux nous accueille et vérifie notre réservation.

Véritable junkie du bronzage il a visiblement fait une overdose de pilules auto-bronzantes et arbore un épouvantable orange casimir en guise de hâle. Le monstre gentil nous invite à marcher sur des pétales de rose jusqu’à l’emplacement réservé.

Les plages publiques : dangerosité et trivialité…

Sur la plage publique, j’aperçois quelques vacanciers se vautrer dans un sable douteux, infesté de vieux mégots et souillé de fientes de mouettes. Les enfants de la plèbe jouent avec les seringues des teufeurs palavasiens venus se défoncer nuitamment.

Un des gueux me hèle bruyamment. Il veut que je lui donne l’heure. Sa panse de « dos argenté » cramée par le soleil assortie aux superbes tongs fluos avec chaussettes remontées jusqu’au genou me confirme que le littoral gratuit est infesté de teutons.

Je le renseigne parce que l’amitié franco-allemande est vitale de nos jours. Je songe qu’une clôture de barbelés et quelques miradors ne seraient pas superflus pour garantir la sérénité des lieux.

Les plages privées : volupté, gastronomie de qualité et rosé frais…

Nous nous  installons sur de moelleux lits de plage en contemplant le sable blanc-ivoire ratissé comme un jardin japonais. Une bouteille de rosé frais plus tard je tente un bain. Déception. Pas de zone réservé et je suis contraint de partager la mer. Peste soit de cette promiscuité imposée ! Pourquoi n’ont-ils pas délimité les zones de baignade avec des filets anti-requins ?

En nageant j’aperçois mon boche sur le rivage. Il sue à grosses gouttes en trimballant une énorme glacière qui martyrise ses genoux à chaque pas. Elle contient sûrement l’infernal triptyque jambon-beurre, chips molles et cubit de « villageoise » tiède pour la french touch. Comme dessert, il s’offrira un beignet à l’huile de vidange s’il a économisé le parking.

Rafraîchi, je sors de l’eau et Kevin-Bradley, le plagiste orange m’apporte ma serviette. Nous déjeunons ensuite d’un savoureux homard grillé dans sa bisque accompagné d’une bouteille de rosé frais.

Les plages privées : harmonie, ecologie et rosé frais…

Les plages privées ont bien évoluées. Espace bien-être, massage, déco feng-shui et même eco-friendly. Certaines paillotes disposent de toilette sèche. Plutôt que de détruire la faune en noyant un crabe innocent sous un jet d’urine, je sauve la planète en faisant caca dans la sciure. Remarquable !

Cette après-midi, farniente. Un plouf, une bouteille de rosé frais, une sieste, une bouteille de rosé frais, une partie de raquette, une bouteille de rosé frais, un tube d’aspirine et la nuit est à nous.

Les plages privées : convivialité et cocktail de qualité…

Direction le bar lounge pour commander un amusant cocktail. Le barman badigeonne le fond du verre de quelques millilitres de rhum agricole, ajoute trois feuilles de menthe, un peu d’eau et rempli le tout de glaçons jusqu’au bord. Chacun fore ensuite jusqu’au fond avec la paille pour extraire le tord-boyaux. Des heures d’amusement en perspective pour seulement dix euros.

Légèrement grisé, nous discutons et rêvassons à la belle étoile, bercés par les « boum, boum » hypnotiques et le brame lancinant du ménestrel d’astreinte.

Longue vie aux plages privées !